mercredi 24 octobre 2012

5. DISCOURS DE CLOTURE DU PAPE PAUL VI



Chapitre V

L’Eglise catholique célèbre en 2012 le 50e anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II par le bienheureux pape Jean XXIII. Cette célébration sera l’occasion pour de nombreux catholiques et non-catholiques de découvrir ou de redécouvrir les textes du Concile. Pour bien comprendre dans quel esprit ces textes ont été promulgués il me semble essentiel de se référer à trois textes non-conciliaires mais étroitement liés au Concile :

1°/ Le discours d’ouverture par Jean XXIII (11 octobre 1962)

2°/ L’encyclique de Paul VI, Ecclesiam suam, publiée en plein Concile le 6 août 1964

3°/ Le discours de clôture de Paul VI (7 décembre 1965)

Il n’y pas de source plus fiable pour connaître l’esprit du Concile que ces trois textes dans lesquels les papes du Concile se sont clairement exprimés quant à ses objectifs et aux fruits qu’ils en attendaient pour l’Eglise et pour le monde.

La numérotation des textes ainsi que les titres ont été ajoutés par souci pratique. Je me limiterai à quelques commentaires  sous la forme de notes de bas de page.

Discours de clôture du concile Vatican II par le pape Paul VI

7 décembre 1965

Introduction (1-4)

1. Aujourd'hui, nous touchons au terme du second Concile œcuménique du Vatican. C'est dans sa pleine vigueur que le Concile arrive à sa conclusion : votre présence en si grand nombre le prouve, la cohésion si ordonnée de cette Assemblée en témoigne, l'achèvement régulier des activités conciliaires le confirme, l'harmonie des sentiments et des propos le proclame.

2. Si bon nombre de questions, soulevées au cours même du Concile attendent encore une réponse adéquate, cela signifie qu'on met fin aux travaux non sous le poids de la fatigue, mais au contraire dans une vitalité que ce rassemblement œcuménique a réveillée et qui, Dieu aidant, dans la période post conciliaire se consacrera activement à ce genre de problèmes, avec méthode et générosité[1].

3. Ce Concile laisse à l'histoire l'image de l'Église catholique que Nous voyons figurée en cette salle où se pressent des pasteurs, professant la même foi, animés de la même charité, tous rassemblés dans la communion de la prière, l'unité de la discipline et de l'action et, chose admirable, tous désireux d'une seule chose: s'offrir eux-mêmes, comme le Christ, notre Maître et Seigneur, pour la vie de l'Église et pour le salut du monde. Et ce n'est pas seulement l'image de l'Église[2] que ce Concile transmet à la postérité, c'est aussi le patrimoine de sa doctrine et de ses préceptes, le «dépôt» reçu du Christ, médité, vécu et explicité au long des siècles[3]. Ce dépôt se trouve aujourd'hui, sur bien des points, placé dans un jour nouveau, confirmé et mis en ordre dans son intégrité[4]. Toujours vivant par la force divine de vérité et de grâce qui le constitue, il est capable de faire vivre quiconque l'accueille avec piété et en nourrit son existence humaine[5].

4. Ce que fut ce Concile, ce qu'il a accompli, ce serait naturellement le sujet de cette méditation que Nous faisons au moment de le terminer, mais elle requerrait trop d'attention et de temps et en ce moment ultime, si émouvant, Nous ne sommes peut-être pas à même de réaliser pareille synthèse avec assez de tranquillité.

La valeur religieuse du Concile (5-8)

5. Nous voulons réserver ces moments précieux à une seule pensée qui tout à la fois nous abaisse dans l'humilité et nous exalte au comble de nos aspirations. Cette pensée, la voici: quelle est la valeur religieuse de notre Concile ?

6. Religieuse, disons-Nous, pour marquer le rapport direct au Dieu vivant, ce rapport qui est la raison d'être de l'Église et de tout ce que l'Église croit, espère et aime, de tout ce qu'elle est, de tout ce qu'elle fait[6].

7. Pouvons-Nous dire que nous avons rendu gloire à Dieu, que nous avons cherché à le connaître et à l'aimer, que nous avons progressé dans l’effort pour le contempler, dans la préoccupation de le louer et dans l'art[7] de proclamer ce qu'il est aux hommes qui nous regardent comme pasteurs et maîtres dans les voies de Dieu ?

8. Nous croyons franchement que oui, notamment parce que c'est de cette intention première et profonde que jaillit l'idée de réunir un Concile[8]. Ils résonnent encore dans cette basilique les mots prononcés lors du discours d'ouverture par Notre vénéré prédécesseur Jean XXIII, que Nous pouvons bien appeler l'auteur de ce grand rassemblement :

« La tâche la plus importante du Concile, disait-il, est de garder et de proposer d'une manière plus efficace le dépôt de la foi chrétienne... Il est bien vrai que le Christ a dit: «Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice», il nous montre par là où doivent tendre surtout nos forces et nos pensées. »

Au projet a succédé la réalisation.

Le temps du Concile, époque de laïcisme et d’oubli de Dieu (9-11)

9. Pour l'apprécier comme il convient, il faut se rendre compte du moment où elle s'est accomplie[9].

10. C'est dans un temps que tous reconnaissent comme orienté vers la conquête du royaume terrestre plutôt que vers le Royaume des cieux[10], un temps où l'oubli de Dieu devient courant et semble, à tort, suggéré par le progrès scientifique, un temps où la personne humaine, qui a pris davantage conscience d'elle-même et de sa liberté, tend essentiellement à s'affirmer dans une autonomie absolue et à s'affranchir de toute loi qui la dépasse.

11. C'est dans un temps où le laïcisme semble découler normalement de la pensée moderne, et représenter la sagesse dernière de l'ordre social temporel, un temps aussi où les expressions de la pensée touchent au comble de l'irrationnel et du désespoir, où l'on peut remarquer enfin, même dans les grandes religions qui se partagent les peuples de la terre, des signes de trouble et de régression comme jamais encore on en avait vus. C'est dans ce temps-là que le Concile s'est tenu, en l'honneur de Dieu, au nom du Christ et sous l'impulsion de l'Esprit-Saint[11]. Cet Esprit « qui pénètre toute chose », qui ne cesse d'animer l'Église «afin de nous faire connaître les dons de Dieu sur nous» (1 Corinthiens 2, 10-12), c'est lui qui donne à l'Église la vision à la fois profonde et totale de la vie et du monde[12]. Grâce au Concile, la manière de concevoir l'homme et l'univers en référence à Dieu comme à leur centre et à leur fin[13] s'est élevée devant l'humanité, sans craindre l'accusation d'être dépassée et étrangère à l'homme. Cette conception, que le jugement du monde qualifiera d'abord de folie, mais qu'il reconnaîtra ensuite, nous l'espérons, comme vraiment humaine, pleine de sagesse et porteuse de salut, prétend que Dieu existe.

Dans un contexte sécularisé, affirmer l’existence de Dieu (12)

12. Oui, qu'il est une réalité, un être vivant et personnel, qu'il exerce une providence, qu'il est infiniment bon, et non seulement en lui-même, mais d'une bonté sans mesure à notre égard également, qu'il est notre créateur, notre vérité, notre bonheur, au point que l'effort de fixer en lui notre regard et notre cœur, dans cette attitude que nous appelons contemplation, devient l'acte le plus élevé et le plus plénier de l'esprit, celui qui aujourd'hui encore peut et doit ordonner l'immense pyramide des activités humaines[14].

L’Eglise au centre de la réflexion du Concile (13-15)

13. On dira que le Concile, plus que des vérités relatives à Dieu, s'est occupé surtout de l'Eglise, de sa nature, de sa structure, de sa vocation œcuménique, de son activité apostolique et missionnaire. Cette société religieuse séculaire qu'est l'Eglise s'est efforcée de réfléchir sur elle-même pour mieux se connaître, pour mieux se définir et pour régler en conséquence ses sentiments et ses préceptes. C'est vrai[15]. Mais cette introspection n'a pas été une fin pour elle-même, elle n'a pas été un acte de simple sagesse humaine, de seule culture terrestre.

14. L’Église s'est recueillie dans l'intimité de sa conscience spirituelle, non pas pour se complaire dans de savantes analyses de psychologie religieuse ou d'histoire de ses expériences, ni non plus pour s'appliquer à réaffirmer ses droits[16] et à décrire ses lois.

L'Église s'est recueillie pour retrouver en elle-même la Parole du Christ, vivante et opérante dans l'Esprit-Saint[17], pour scruter plus à fond le mystère, c'est-à-dire le dessein et la présence de Dieu au-dessus et au-dedans de soi[18], et pour raviver en soi cette foi, qui est le secret de sa sécurité[19] et de la sagesse, et cet amour qui l'oblige à chanter sans cesse les louanges de Dieu: « Chanter est le propre de celui qui aime », dit saint Augustin (Serm. 336, P. L, 38, 1472).

15. Les documents conciliaires, principalement ceux qui traitent de la Révélation divine, de la liturgie, de l’Église, des prêtres, des religieux, des laïcs, laissent clairement transparaître cette intention religieuse, directe et primordiale, et montrent combien limpide, fraîche et riche est la vie spirituelle que le contact vital avec le Dieu vivant fait jaillir dans le sein de l'Église et, de l'Église, se répandre sur le sol aride de notre terre[20].

L’Eglise dans son rapport au monde : la règle de la charité (16-17)

16. Mais Nous ne pouvons négliger une observation capitale dans l'examen du sens religieux de notre Concile: il s'est très vivement intéressé à l'étude du monde moderne. Jamais peut-être comme en cette occasion[21], l'Église n'a éprouvé le besoin de connaître, d'approcher, de comprendre, de pénétrer, de servir, d'évangéliser la société qui l'entoure, de la saisir et pour ainsi dire de la poursuivre dans ses rapides et continuelles transformations[22].

17. Cette attitude, provoquée par l'éloignement et les ruptures qui séparèrent l'Église de la civilisation profane au cours des siècles derniers, surtout au XIXe et en notre siècle[23], et toujours inspirée par la mission de salut qui est essentielle à l'Église, a fortement et constamment fait sentir son influence dans le Concile : au point de faire naître chez certains le soupçon qu'un excès de tolérance et de considération pour le monde extérieur, l'actualité qui passe, les modes en matière de culture, les besoins contingents, la pensée des autres, aient prévalu chez certains membres du Concile et dans certains de ses actes, au détriment de la fidélité due à la tradition[24] et aux finalités de l'orientation religieuse du Concile lui-même. Pour Notre part, Nous n'estimons pas qu'on puisse taxer de pareille déviation ce Concile, en ce qui concerne ses véritables et profondes intentions et ses manifestations authentiques[25].

Nous voulons plutôt souligner que la règle de notre Concile a été avant tout la charité[26]. Et qui pourrait accuser le Concile de manquer d'esprit religieux et de fidélité à l'Evangile pour avoir choisi cette orientation de base, si l'on se rappelle que c'est le Christ lui-même qui nous a appris à regarder l'amour pour nos frères comme le signe distinctif de ses disciples (cf. Jean 13, 35), et si on laisse résonner dans son cœur les paroles de l'apôtre: "La religion pure et sans tache devant Dieu notre Père consiste en ceci : visiter les orphelins et les veuves dans leurs épreuves, se garder de toute souillure du monde » (Jacques l, 27) ou encore celles-ci: « Qui n'aime pas son frère qu'il voit, comment pourrait-il aimer Dieu qu'il ne voit pas ? » (1 Jean, 4, 20).

Le défi de l’humanisme laïque et profane (18-20)

18. L’Église du Concile, il est vrai, ne s'est pas contentée de réfléchir sur sa propre nature et sur les rapports qui l'unissent à Dieu : elle s'est aussi beaucoup occupée de l'homme, de l'homme tel qu'en réalité il se présente à notre époque[27] : l'homme vivant, l'homme tout entier occupé de soi, l'homme qui se fait non seulement le centre de tout ce qui l'intéresse, mais qui ose se prétendre le principe et la raison dernière de toute réalité. Tout l'homme phénoménal, comme on dit de nos jours, c'est-à-dire avec le revêtement de ses innombrables apparences, s'est comme dressé devant l'Assemblée des Pères conciliaires, des hommes, eux aussi, tous pasteurs et frères, attentifs donc et aimants : l'homme tragique victime de ses propres drames, l'homme qui, hier[28] et aujourd'hui, cherche à se mettre au-dessus des autres, et qui, à cause de cela, est toujours fragile et faux, égoïste et féroce; puis l'homme insatisfait de soi, qui rit et qui pleure; l'homme versatile, prêt à jouer n'importe quel rôle, et l'homme raide qui ne croit qu'à la seule réalité scientifique; l'homme tel qu'il est, qui pense, qui aime, qui travaille, qui attend toujours quelque chose, «l'enfant qui grandit» (Genèse, 49, 22), et l'homme sacré par l'innocence de son enfance, le mystère de sa pauvreté, par sa douleur pitoyable ; l'homme individualiste et l'homme social ; l'homme, « qui loue le temps passé[29] » et l'homme qui rêve à l'avenir ; l'homme pécheur et l'homme saint.; et ainsi de suite.

19. L'humanisme laïque et profane[30] enfin est apparu dans sa terrible stature et a, en un certain sens, défié le Concile.

20. La religion du Dieu qui s'est fait homme s'est rencontrée avec la religion (car c'en est une) de l'homme qui se fait Dieu[31].

Comment le Concile a répondu à ce défi (21-22)

21. Qu'est-il arrivé ? Un choc, une lutte, un anathème ? Cela pouvait arriver ; mais cela n'a pas eu lieu[32]. La vieille histoire du bon Samaritain a été le modèle et la règle de la spiritualité du Concile. Une sympathie sans bornes pour les hommes l'a envahi tout entier. La découverte des besoins humains (et ils sont d'autant plus grands que le fils de la terre se fait plus grand) a absorbé l'attention de notre Synode.

22. Reconnaissez-lui au moins ce mérite, vous, humanistes modernes, qui renoncez à la transcendance des choses suprêmes, et sachez reconnaître notre nouvel humanisme : nous aussi, nous plus que quiconque[33], nous avons le culte de l'homme[34].

L’attitude optimiste du Concile (23-24)

23. Et dans l'humanité, qu'a donc considéré cet auguste Sénat, qui s'est mis à l'étudier sous la lumière de la divinité ? Il a considéré une fois encore l'éternel double visage de l'homme : sa misère et sa grandeur[35], son mal profond, indéniable, de soi inguérissable[36], et ce qu'il garde de bien[37], toujours marqué de beauté cachée et de souveraineté invincible. Mais il faut reconnaître que ce Concile, dans le jugement qu'il a porté sur l'homme, s'est arrêté bien plus à cet aspect heureux de l'homme qu'à son aspect malheureux. Son attitude a été nettement et volontairement optimiste.

24. Un courant d'affection et d'admiration a débordé du Concile sur le monde humain moderne[38]. Des erreurs[39] ont été dénoncées. Oui, parce que c'est l'exigence de la charité comme de la vérité mais, à l'adresse des personnes, il n'y eut que rappel, respect et amour[40]. Au lieu de diagnostics déprimants, des remèdes encourageants ; au lieu de présages funestes, des messages de confiance sont partis du Concile vers le monde contemporain : ses valeurs ont été non seulement respectées, mais honorées ; ses efforts soutenus, ses aspirations purifiées et bénies[41].

Le Concile : un enseignement autorisé sur la condition humaine (25)

25. Voyez, par exemple : les langues innombrables parlées par les peuples d’aujourd’hui ont été admises à exprimer liturgiquement la parole des hommes à Dieu et la parole de Dieu aux hommes[42] ; à l’homme comme tel, on a reconnu la vocation fondamentale à une plénitude de droits et à une transcendance de destin[43] ; ses aspirations à l’existence, à la dignité de la personne, à la liberté honnête, à la culture, au renouvellement de l’ordre social, à la justice, à la paix, ont été rendues à leur pureté et encouragées ; et à tous les hommes a été adressée l’invitation pastorale et missionnaire à la lumière évangélique. C’est trop brièvement que Nous parlons maintenant des multiples et très vastes questions concernant le bien-être humain, dont le Concile s’est occupé ; et il n’a pas entendu résoudre tous les problèmes urgents de la vie moderne ; certains d’entre eux ont été réservés à une étude ultérieure que l’Eglise se propose de faire, beaucoup ont été présentés en termes très brefs et généraux, susceptibles par conséquent d’approfondissements ultérieurs et d’applications diverses[44].

Mais il est bon de noter ici une chose : le magistère de l’Eglise, bien qu’il n’ait pas voulu se prononcer sous forme de sentences dogmatiques extraordinaires, a étendu son enseignement autorisé[45] à une quantité de questions qui engagent aujourd’hui la conscience et l’activité de l’homme ; il en est venu, pour ainsi dire, à dialoguer[46] avec lui ; et tout en conservant toujours l’autorité et la force qui lui sont propres, il a pris la voix familière et amie de la charité pastorale[47], il a désiré se faire écouter et comprendre de tous les hommes ; il ne s’est pas seulement adressé à l’intelligence spéculative, mais il a cherché à s’exprimer aussi dans le style de la conversation ordinaire. En faisant appel à l’expérience vécue, en utilisant les ressources du sentiment et du cœur[48], en donnant à la parole plus d’attrait, de vivacité et de force persuasive, il a parlé à l’homme d’aujourd’hui, tel qu’il est[49].
 

L’Eglise servante de l’humanité (26)

26. Il est encore un autre point que Nous devrions relever : toute cette richesse doctrinale ne vise qu'à une chose : servir l'homme. Il s'agit, bien entendu, de tout homme, quels que soient sa condition, sa misère et ses besoins. L’Église s'est pour ainsi dire proclamée la servante de l'humanité[50] juste au moment où son magistère ecclésiastique et son gouvernement pastoral ont, en raison de la solennité du Concile, revêtu une plus grande splendeur et une plus grande force: l'idée de service a occupé une place centrale dans le Concile.

En se tournant vers l’homme l’Eglise est fidèle à sa mission (27-28)

27. Tout cela, et tout ce que Nous pourrions encore dire sur la valeur humaine du Concile, a-t-il peut-être fait dévier la pensée de l'Eglise en Concile vers les positions anthropocentriques prises par la culture moderne[51] ?

28. Non, l'Église n'a pas dévié, mais elle s'est tournée vers l'homme. Et celui qui considère avec attention cet intérêt prépondérant porté par le Concile aux valeurs humaines et temporelles ne peut nier d'une part que le motif de cet intérêt se trouve dans le caractère pastoral que le Concile a voulu et dont il a fait en quelque sorte son programme et, d'autre part, il devra reconnaître que cette préoccupation elle-même n'est jamais dissociée des préoccupations religieuses les plus authentiques, qu’il s'agisse de la charité qui seule suscite ces préoccupations (et là où se trouve la charité là se trouve Dieu), ou du lien - constamment affirmé et mis en valeur par le Concile[52] - existant entre les valeurs humaines et temporelles et les valeurs proprement spirituelles, religieuses et éternelles. L'Église se penche sur l'homme et sur la terre, mais c'est vers le royaume de Dieu que son élan la porte.

La religion catholique au service du bien de l’homme : vie de l’humanité (29-30)

29. La mentalité moderne, habituée à juger toutes choses d'après leur valeur, c'est-à-dire leur utilité, voudra bien admettre que la valeur du Concile est grande au moins pour ce motif : tout y a été orienté à l'utilité de l'homme. Qu'on ne déclare donc jamais inutile une religion comme la religion catholique qui, dans sa forme la plus consciente et la plus efficace, comme est celle du Concile, proclame qu'elle est tout entière au service du bien de l'homme. La religion catholique et la vie humaine réaffirment ainsi leur alliance, leur convergence vers une seule réalité humaine : la religion catholique est pour l'humanité ; en un certain sens, elle est la vie de l'humanité. Elle est la vie, par l'explication que notre religion donne de l'homme ; la seule explication, en fin de compte, exacte et sublime. (L'homme laissé à lui-même n'est-il pas un mystère à ses propres yeux ?).

30. Elle donne cette explication précisément en vertu de sa science de Dieu : pour connaître l'homme, l'homme vrai, l'homme tout entier, il faut connaître Dieu[53]. Qu'il Nous suffise pour le moment de citer à l'appui de cette affirmation le mot brûlant de sainte Catherine de Sienne: "C'est dans ta nature, ô Dieu éternel, que je connaîtrai ma propre nature.» (Or. 24.) La religion catholique est la vie, parce qu'elle décrit la nature et la destinée de la vie; elle donne à celle-ci son véritable sens. Elle est la vie, parce qu'elle constitue la loi suprême de la vie et qu'elle infuse à la vie cette énergie mystérieuse qui la rend, Nous pouvons dire, divine.

Le Concile enseigne l’humanisme chrétien (31-33)

31. Mais, vénérables Frères et vous tous, Nos chers fils ici présents, si nous nous rappelons qu'à travers le visage de tout homme - spécialement lorsque les larmes et les souffrances l'ont rendu plus transparent - Nous pouvons et devons reconnaître le visage du Christ (cf. Matthieu 25, 40), le Fils de l'homme, et si sur le visage du Christ nous pouvons et devons reconnaître le visage du Père céleste : «Qui me voit, dit Jésus, voit aussi le Père» (Jean, 14, 9), notre humanisme devient christianisme, et notre christianisme se fait théocentrique, si bien que nous pouvons également affirmer : pour connaître Dieu, il faut connaître l'homme[54].

32. Mais alors, ce Concile, dont les travaux et les préoccupations ont été consacrés principalement à l'homme, ne serait-il pas destiné à ouvrir une nouvelle fois au monde moderne les voies d'une ascension vers la liberté et le vrai bonheur? Ne donnerait-il pas, en fin de compte, un enseignement simple, neuf et solennel pour apprendre à aimer l'homme afin d'aimer Dieu ?[55]

33. Aimer l'homme, disons-Nous, non pas comme un simple moyen[56], mais comme un premier terme dans la montée vers le terme suprême et transcendant, vers le principe et la cause de tout amour. Et alors, le Concile tout entier se résume finalement dans cette conclusion religieuse: il n'est pas autre chose qu'un appel amical et pressant qui convie l'humanité à retrouver, par la voie de l'amour fraternel, ce Dieu dont on a pu dire[57]: « S'éloigner de lui, c'est périr; se tourner vers lui, c'est ressusciter; demeurer en lui, c'est être inébranlable; retourner à lui, c'est renaître; habiter en lui, c'est vivre. » (Saint Augustin, Solil. l, 1,3; P. L., 32, 870.)

Conclusion (34)

34. Voilà ce que Nous espérons au terme de ce second Concile œcuménique du Vatican et au début de l'entreprise de renouvellement humain et religieux qu'il s'était proposé d'étudier et de promouvoir; voilà ce que Nous espérons pour nous-mêmes, vénérables Frères et Pères de ce même Concile; voilà ce que nous espérons pour l'humanité tout entière qu'ici nous avons appris à aimer davantage et à mieux servir[58].

Et tandis que, dans ce but, Nous invoquons encore l'intercession des saints Jean-Baptiste et Joseph, patrons de ce Synode œcuménique, des saints apôtres Pierre et Paul, fondements et colonnes de la Sainte Église, auxquels Nous associons saint Ambroise, l’évêque dont Nous célébrons aujourd'hui la fête, unissant en lui de quelque façon l'Église d'Orient et celle d'Occident, Nous implorons également et de tout cœur la protection de la Très Sainte Vierge Marie, mère du Christ, et que pour cela Nous appelons aussi Mère de l’Église[59], et d'une seule voix, d'un seul cœur, nous rendons grâce et gloire au Dieu vivant et véritable, au Dieu unique et souverain, au Père, au Fils et au Saint-Esprit. Amen.

 

Un texte de Maurice Zundel[60] sur le Concile

Le cénacle de Genève, 6 février 1966

« Vatican II est achevé, ses décrets sont en train d’être publiés : ils nous laissent une impression d’ambiguïté. Ils représentent certainement un immense progrès, surtout sur le plan des relations humaines, ce qui est énorme. Il y a certainement sur le plan psychologique un effort d’ouverture, de désappropriation absolument inattendu, disons : miraculeux. Cela est gagné, cela est acquis, les changements sont visibles. Il suffit de mentionner Taizé qui est un immense carrefour où toutes les Eglises se rencontrent, Taizé qui était présente à Rome. Il suffit de penser à cette levée d’excommunication entre Rome et Constantinople. Il suffit de penser à cette fraternité entre tous ceux qui étaient présents, qu’ils fussent de l’Eglise romaine ou non. Il suffit de sentir ici-même, en Suisse romande, le changement de climat, la fraternité qui s’est installée, le fait qu’on va les uns dans les églises des autres, qu’un pasteur prêche dans une église catholique et un prêtre dans une église protestante. Tout cela est absolument neuf et magnifique. Il reste cependant que la question fondamentale n’a pas été posée, ni sur le plan de l’Eglise romaine si sur le plan d’aucune autre Eglise : de quel Dieu parlons-nous ? Est-ce que nous parlons toujours du Roi des rois ? Du Pantocrator ? Du dominateur ? Du Souverain des souverains ? Ou parlons-nous du Dieu pauvre ? Du Dieu désapproprié ? Est-ce que le christianisme, pour nous, c’est la présence de Jésus-Christ ? Est-ce que le christianisme est une philosophie, une vision du monde, un système de pensée, une politique, une sociologie ? Ou bien est-ce qu’il est, tout simplement, Jésus-Christ ? Est-ce que le christianisme est une Présence ? Est-ce que le christianisme est cette présence de Jésus en nous ? Est-ce que le christianisme est, justement, cette désappropriation divine installée, établie, enracinée en nous et vécue par nous ? Tout le problème est là. Et l’ambiguïté de Vatican II- comme d’ailleurs de tout l’œcuménisme, avec tout ce qu’il comporte de positif, de générosité, de dépouillement dans l’ordre psychologique-, ce qui fait l’ambiguïté de toutes ces situations, c’est qu’on n’a pas encore avoué le Dieu chrétien. On est encore tiraillé entre un Dieu hérité de l’Antiquité, entre un Dieu du Vieux Testament, entre un Dieu constantinien et pharaonique, entre un Dieu médiéval ligoté par une philosophie, entre un Dieu-patron, entre un Dieu paternaliste, et ce Dieu qui est dans la vision paulinienne de la seconde aux Corinthiens – et de la première déjà dans le fameux 13e chapitre-, un Dieu nuptial, un Dieu qui contracte avec nous un mariage d’amour, un Dieu qui ne veut plus être situé dans une catégorie de maître et de pouvoir, mais qui ne peut être conçu que dans une catégorie de personne et d’amour[61]  ».


[1] Ce sera précisément le rôle des Synodes des évêques d’actualiser l’enseignement du Concile, de le développer et de le compléter en fonction des besoins de l’Eglise et du monde. Par le motu proprio Apostolica sollicitudo Paul VI institue le synode des évêques le 15 septembre 1965. Depuis le Concile il y a eu 13 synodes ordinaires. La première assemblée générale ordinaire du synode des évêques s’est déroulée du 29 septembre au 29 octobre 1967 avec pour thème : “Préservation et renforcement de la foi catholique, son intégrité, sa vigueur, son expansion, sa cohésion doctrinale et historique”.
[2] Le mystère de l’Eglise a été l’un des thèmes majeurs du Concile (Lumen Gentium).
[3] Belle définition de la Tradition catholique.
[4] Cela répond à l’une des préoccupations essentielles de Jean XXIII. Cf. Son discours d’ouverture du Concile (= DOC) par. 29.
[5] La doctrine catholique n’a pas sa fin en elle-même, elle est une doctrine de salut, un chemin de vie pour les hommes.
[6] L’Eglise non plus n’a pas sa fin en elle-même : son unique raison d’être est de permettre aux âmes de vivre une relation authentique avec Dieu. Sa mission est donc essentiellement spirituelle. Elle est essentiellement au service de la communion des hommes avec le Dieu vivant et vrai.
[7] L’activité pastorale et évangélisatrice de l’Eglise est comparée à un art.
[8] Le Concile est d’abord une assemblée de croyants, une assemblée spirituelle. Il n’est pas comparable à l’ONU !
[9] Comme tout Concile, le Concile Vatican II s’est tenu à une époque particulière de l’histoire de l’humanité et de l’Eglise. Ne pas tenir compte de ces circonstances concrètes nous empêcherait d’en comprendre les motivations et la portée. Le Concile de Trente, par exemple, doit être interprété à la lumière des circonstances historiques qui ont provoqué sa convocation : le schisme d’Occident. Il est avant tout une réponse catholique à la réforme protestante. Le dogme, expression humaine des vérités divinement révélés, a lui aussi son histoire. Cf. L’œuvre du philosophe Maurice Blondel : Histoire et dogme, les lacunes philosophiques de l'exégèse moderne, 1904.
[10] Constat déjà établi par Jean XXIII : DOC, par. 24.
[11] Formule trinitaire souvent présente d’une manière ou d’une autre dans les textes du Concile. Par exemple les n°2-4 de Lumen Gentium et les n°2-4 du décret Ad Gentes.
[12] C’est un regard spirituel et non sociologique que le Concile a porté sur la condition humaine telle qu’elle se présentait en son temps.
[13] Reprise d’un thème des Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola, comme Jean XXIII l’avait déjà fait (cf. DOC, par.21.).
[14] La vocation ultime de l’homme consiste à contempler Dieu. Et c’est en fonction de ce bien suprême, la communion avec Dieu, que toutes les valeurs terrestres doivent être perçues et évaluées.
[15] Paul VI lui-même avait amorcé ce travail ecclésiologique avant même la fin du Concile dans son encyclique Ecclesiam Suam (la première partie est consacrée à la conscience que l’Eglise a d’elle-même). Cela nous permet aussi de considérer la constitution dogmatique sur l’Eglise, Lumen Gentium, comme le texte le plus fondamental du Concile. C’est à la lumière de cette réflexion sur l’Eglise que les autres textes du Concile doivent être lus et compris.
[16] Affirmation importante dans une perspective de l’histoire du Magistère. En effet beaucoup de textes pontificaux du 19ème siècle et de la première moitié du 20ème siècle ont été des rappels solennels des « droits de l’Eglise ».
[17] C’est un autre grand thème du Concile : le ressourcement dans la Parole de Dieu à la lumière de toute la Tradition de l’Eglise (cf. Dei Verbum). Le Concile s’est présenté comme un salutaire retour aux sources de la foi.
[18] Transcendance et immanence du Dieu de la révélation chrétienne. Pour reprendre une belle expression de Maurice Zundel, Dieu est «un au-delà au-dedans ».
[19] Il est intéressant de relever que pour Paul VI l’Eglise n’a pas d’autre sécurité que sa foi et sa confiance en Dieu.
[20] Le vocabulaire (« vie », « vital », « vivant ») insiste sur l’Eglise comme mystère de vie spirituelle.
[21] C’est en effet la nouveauté du Concile Vatican II en raison de son caractère pastoral. On y perçoit un changement de ton évident par rapport aux déclarations précédentes du Magistère.
[22] C’est la nécessité de l’aggiornamento perçue par Jean XXIII.
[23] Paul VI prend acte de manière sereine des évolutions historiques qui ont contraint l’Eglise à sortir de la chrétienté pour entrer dans une nouvelle forme de présence historique à notre monde.
[24] Première allusion à la contestation par certains au sein du Concile de ce que l’on appellera plus tard « l’ouverture de l’Eglise au monde ». Le schisme intégriste était en germe dès la fin du Concile.
[25] Réponse claire du pape à la minorité qui, lors des débats conciliaires, réprouva la nouvelle manière que l’Eglise avait de se situer par rapport au monde profane.
[26] Affirmation très importante pour comprendre l’esprit du Concile.
[27] Réalisme de la vision conciliaire : non pas l’homme tel que l’Eglise aimerait qu’il soit, mais l’homme tel qu’il est. Ce réalisme est le point de départ nécessaire pour tout apostolat catholique. C’est le réalisme du pasteur qui a charge d’âmes.
[28] Cet humanisme sans Dieu n’est pas né en 1965 ! Il plonge ses racines très loin dans l’histoire. En effet le bel humanisme chrétien de  l’époque de la Renaissance n’a pas résisté à la mise en doute radicale des valeurs religieuses à l’époque des Lumières, aux nouvelles questions posées par les découvertes scientifiques (l’affaire Galilée en est un exemple frappant, cf. Gaudium et Spes n°36, par. 2) et à la chute partout en Europe des monarchies chrétiennes.
[29] Combien de catholiques français se retrouveront dans cette situation après le Concile… Cf. Jean XXIII, DOC, par. 15 (Les prophètes de malheur).
[30] Dès 1944 le cardinal de Lubac (expert du Concile) avait écrit l’une de ses œuvres majeures : Le drame de l’humanisme athée.
[31] Puissante et belle formule.
[32] L’orientation donnée par Jean XXIII lors de l’ouverture du Concile a été suivie. Cf. Jean XXIII, DOC, par. 31.
[33] Parce que nous croyons en Dieu et dans le mystère de l’incarnation.
[34] Formule hardie s’adressant aux « humanistes modernes ». Ce « culte de l’homme » de la part du Concile sera explicité plus loin dans le discours, il s’agit d’établir un nouvel humanisme chrétien (Erasme au 16ème siècle, époque de troubles religieux, avait, lui aussi, prôné un humanisme chrétien).
[35] Langage s’inspirant de l’anthropologie chrétienne de Blaise Pascal.
[36] Le péché originel et ses conséquences, doctrine qui tient une grande place dans l’anthropologie de Pascal.
[37] L’optimisme catholique en contraste avec une certaine vision protestante du péché originel.
[38] On dirait aujourd’hui qu’en raison de la charité chrétienne les Pères du Concile ont choisi de considérer avec bienveillance le monde tel qu’il est afin de faire résonner en lui toute la nouveauté de la parole évangélique.
[39] Cf. Jean XXIII, DOC, par. 3.
[40] Ce respect des personnes et de tout homme est une marque constante de la pastorale de l’Eglise catholique depuis le Concile. Mais tous les saints et les mystiques ont vécu cette attitude depuis les origines du christianisme. Pensons, par exemple, à un saint François d’Assise.
[41] L’Eglise a ainsi abandonné l’attitude de condamnation systématique du monde en tant qu’indépendant de sa sphère d’influence directe. Elle sait désormais y reconnaître ce qui est bon, juste et vrai. Elle préfère mettre en valeur les bonnes aspirations qui se trouvent chez les hommes de bonne volonté plutôt que de relever les erreurs.
[42] L’autorisation de célébrer le culte divin dans la langue du pays sans pour autant abandonner le latin a été l’une des réformes conciliaires qui a le plus marqué les esprits de par son aspect concret, mais aussi celle qui a suscité la plus vive opposition de la part du mouvement intégriste. Cf. Sacrosanctum Concilium, n°36, par.2.
[43] Cf. Gaudium et Spes, n°12-18 et la déclaration sur la liberté religieuse Dignitatis Humanae.
[44] Ce sera la tache des Synodes des évêques et du Magistère pontifical, en particulier celui du bienheureux Jean-Paul II qui, en s’appuyant sur la philosophie personnaliste, a admirablement exposé, développé et approfondi l’humanisme chrétien issu du Concile Vatican II.
[45] Paul VI répond ainsi à l’avance à l’argument fallacieux des intégristes qui rejettent le Concile en raison de son orientation pastorale. Dans l’Eglise la pastorale s’est toujours appuyée sur des convictions dogmatiques. Elle est la mise en pratique du dogme appliquée aux circonstances changeantes de l’histoire de l’humanité et à chaque homme en particulier dans la situation unique qui est la sienne.
[46] Le pape reprend ici l’une de ses convictions essentielles exprimée dès 1964 dans Ecclesiam Suam.
[47] Nouvelle insistance sur la charité comme étant l’âme de ce Concile pastoral.
[48] Réalité essentielle dans l’apologétique de Pascal.
[49] Ce magnifique passage montre le souci constant qu’ont eu les Pères conciliaires de rendre la doctrine savoureuse et vivante et de montrer en quoi elle est une force capable de changer la vie des hommes de ce temps. Par le passé un certain dogmatisme était tellement déconnecté de la vie réelle des hommes qu’il en était devenu desséchant. Le souffle apporté à l’Eglise par la redécouverte des Pères de l’Eglise et le renouveau des études bibliques (Ecole biblique de Jérusalem fondée par le père Lagrange en 1890) a été l’une des conditions préalables qui a permis au Concile de présenter la doctrine autrement qu’à travers la seule théologie néo-scolastique, exacte du point de vue de l’orthodoxie mais trop conceptuelle pour inspirer une spiritualité vivante au cœur de ce monde. Un auteur spirituel comme Maurice Zundel (1897-1975) n’avait pas attendu le Concile pour proposer une théologie spirituelle et une catéchèse qui parle au cœur de l’homme. A l’instar d’autres grands théologiens du 20ème siècle (De Lubac, Congar) l’œuvre de Zundel ne sera reconnue que très tardivement par la hiérarchie de l’Eglise même si Paul VI l’appréciait personnellement bien avant de devenir pape. C’est en 1972 que l’abbé Zundel sera invité par Paul VI à prêcher la retraite spirituelle au Vatican.
[50] Le Concile marque en effet le passage d’une Eglise triomphaliste et très hiérarchisée à une Eglise davantage fidèle aux valeurs évangéliques. La notion de service est remise en honneur. Jean-Paul II, dans sa première encyclique Redemptor Hominis (04/03/1979), se situera résolument dans la continuité de l’enseignement du Concile et de son prédécesseur Paul VI : « Cet homme est la route de l'Eglise, route qui se déploie, d'une certaine façon, à la base de toutes les routes que l'Eglise doit emprunter, parce que l'homme, tout homme sans aucune exception, a été racheté par le Christ, parce que le Christ est en quelque sorte uni à l'homme, à chaque homme sans aucune exception, même si ce dernier n'en est pas conscient: «Le Christ, mort et ressuscité pour tous, offre à l'homme» à tout homme et à tous les hommes «... lumière et forces pour lui permettre de répondre à sa très haute vocation» (n°14) .
[51] Le pape lui-même exprime une nouvelle objection faite à l’esprit du Concile.
[52] Particulièrement dans la Constitution pastorale Gaudium et Spes n° 38 et 39.
[53] Le Concile avait même précisé que pour connaître l’homme il faut connaître le Christ car « le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné » (Gaudium et Spes n°22, par. 1). Le n°22 de Gaudium et Spes constituera une référence constante dans le magistère du bienheureux Jean-Paul II. C’est dire l’importance qu’il faut accorder à ce texte et à la vision chrétienne de l’homme qui en découle.
[54] C’est la logique du mystère de l’incarnation. C’est aussi ce que l’on appelle en philosophie la voie anthropologique pour parvenir à la connaissance de Dieu par distinction avec la voie ontologique et la voie cosmologique.
[55] Sous forme de questions le pape semble indiquer l’un des fruits du Concile : l’insistance sur la vertu de charité comme témoignage suprême de la foi en Dieu.
[56] Cf. La morale de Kant : « L'homme, et en général tout être raisonnable, existe comme fin en soi, et non pas simplement comme moyen dont telle ou telle volonté puisse user à son gré ; dans toutes ses actions, aussi bien dans celles qui le concernent lui-même que dans celles qui concernent d'autres êtres raisonnables, il doit toujours être considéré en même temps comme fin. […] L'impératif sera donc celui ci : Agis de telle sorte que tu traites l'humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen. » (Fondements de la Métaphysique des moeurs, Deuxième section). La différence avec Kant consiste en l’affirmation de Dieu comme seule fin ultime et absolue.
[57] L’esprit du Concile tout entier peut se résumer dans la charité pastorale et il est lui-même une invitation à parcourir la voie du service et de l’amour de l’homme et de tout homme pour pressentir le mystère de Dieu. C’est donc d’abord dans l’expérience de la charité vécue que l’homme peut trouver la présence de Dieu.
[58] Le Concile a été vécu comme une école spirituelle du service et de l’amour de l’homme dans la lumière surnaturelle qui vient de la foi en Dieu.
[59] C’est bien dans le mystère de l’Eglise que le Concile a voulu situer la place de la Vierge Marie dans la vie chrétienne. En témoigne le chapitre VIII de Lumen Gentium : « La bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, dans le mystère du Christ et de l’Eglise ». D’où ce titre de « Mère de l’Eglise » que le pape donne à Marie.
[60] Ce prêtre suisse (1897-1975) était très estimé du pape Paul VI qui fit appel à lui pour prêcher les Exercices spirituels du Vatican en février 1972. Le contenu de cette prédication a été publié sous le titre Quel homme et quel Dieu, retraite au Vatican, Fayard, 1976.
[61] Maurice Zundel, ses pierres de fondation, Anne Sigier, 2005, p. 251-253.
 


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